Po-lin, Mordechai Gebirtig Yiddish Songs by Barbara Suie & Jozef Kapustka



„Po-lin”- ici, repose-toi. Ces paroles gravées sur un tronc d’arbre étaient censées interpeller les Juifs épuisés dans leur désespoir fuyant vers l’est les pogroms médiévaux. Dans son livre “L’Histoire des Juifs en Pologne” Henri Minczeles rappelle cette belle légende. Une autre version dit que sur l’arbre étaient inscrites les paroles “Po-lan-yah”- ici repose l’Éternel. Ceci devait constituer un signe que dans ces lieux, sur cette terre, le peuple persecuté trouvera le refuge. Po-lin, Po-lan-yah, Polska, la Pologne, l’oasis, l’asile, le repos. Il y a quelque chose de très émouvant, il y a de l’ironie tragique dans cette légende car en connaissant la suite de l’histoire nous savons aujourd’hui que ce repos a eu son épouventable fin et le refuge est devenu cimetière.

En réfléchissant sur la longue présence juive en Pologne, nous pouvons avoir l’impression que son essence a été définie par le terrible terme que cette présence a connue. Et pourtant l’histoire de la cohabitation des Juifs et des Polonais est riche et grandiose. Elle est comme une saga plurigénérationelle composée de divers personnages et caractères, de situations, d’intrigues, de passions, d’amour et de haine. C’est une saga faite de l’Histoire et des faits mais aussi des anecdotes et où malgré une impitoyable logique on trouve le hazard et la folie sur le fond tantôt du quotidien trivial, tantôt de l’utopie fantastique. L’un des sujets le plus intéressants qu’elle aborde en permanence, dès le debut et au-delà de la fin, est la question d’identité. Les Juifs pendant des siècles ont co-créés la Pologne et la polonité mais aussi la pensée et la culture Yiddish évoluait marquée par la langue, la culture, le
paysage polonais. C’est ici qu’au XVIII siècle est né le hassidisme et à la fin du XIX siècle le Bund a vu le jour sur les anciennes terres polonaises, à Vilnus. Comme un rayon de soleil avant la tempête, le siècle d’or de la culture yiddish mais aussi l’un des moments les plus passionantes de la littérature,l’art et la science polonaise se sont déployés dans la période de l’entre-deux-guerres.

C’est à cette période que Mordechai Gebirtig, poète juif natif de Cracovie, écrivait ses innombrables chansons qui se déclinent dans un répertoire exceptionnel étant la quintessence de langue, d’humour et de mélancolie propres à la culture Yiddish. Le projet “Po-lin” a pour vocation non seulement sauver de l’oubli, mais resusciter la vie, la joie, la tristesse, tout un monde contenu dans ces chansons. Resusciter la présence, et avec elle, la Pologne d’autrefois, celle qui n’est plus. L’art a ceci de particulier, qu’il est un espace qui résiste à la mort, qui résiste à la destruction . L’art est lui-même le lieu de repos, aux côtés de la Religion et de la Philosophie, l’un des rares et véritables asils de l’être humain.

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« Po-lin » – have a rest here. These are words the exhausted Jews found carved into a tree trunk in a far away, wondrous place flying medieval Western European pogroms eastward . Henri Minczeles quotes this beautiful legend in his (unfortunately never translated , originally French) “History of Polish Jews”, mentioning yet another version of the same story: the actual words might have been “Po-lan-yah” or “ The Eternal is here”. They were meant to be the sign that this was the place, these were the lands where the persecuted tribe would find the refuge. Po-lin, Po-lan-yah, Poland, refuge, asylum, a place to stay and recover.
There is something incredibly touching in a sort of tragic irony attached , since the future course of events , as we know , has turned the very same place not into home but a graveyard, bringing thus the history of Jews on Polish soil to its tragic and cruel end , the very event that has defined and shaped contemporary perception of centuries of Jewish settlement in Poland , wiping out its essence and content forever.

A history of coexistence of Jews and Poles is a rich and wonderful, exciting extended family saga, intermingling different characters and situations, intrigue and passion, love and hate; a saga made of major historical facts and prime anecdotes , hazard and folly, everyday trivial prose and fantastic creative utopia, all brushed generously on supportive canvas and ignorant of fatal logic.

One of the most important issues in this context appears to be a question of the identity, the subject of a permanent, inquisitive soul searching that goes well beyond time and space . Jews have been key contributors in shaping Poland and Polish spirit throughout the ages ; and likewise, the Yiddish culture, thought and expression evolved, was dwelled and nourished by Polish language, art and landscape. In the 18th century Poland was a cradle of the chassidic spiritual movement and later Bund, a major political force, was created in the formerly Polish city of Vilnius (now Lithuania) in the 19th . Like a fragile, miraculous strike of sunlight before the storm, the beginning of the 20th century followed by the interwar period stands up simultaneously as the Golden age for the Yiddish culture with the Polish art, science and litterature aside.

This glorious epoch also bears witness to Mordechai Gebirtig’s explosion of talent, countless songs being set to his poetry by either himself or his collabrators, forging the unique canon of repertoire that captures the very spirit of Yiddish language, humor and melancholy. The aim of « Po-lin » project here presented is not only to save this priceless legacy from oblivion, but first, foremost and above all to breath a new spark, reminiscent of bygone joy and cast in present day sorrow into the whole universe that these songs contain, bring to life silent archives miraculously preserved, and by doing it, the spirit of Poland that is no more. What is particuliar to Art is that Art takes over death, takes over void. It is a peaceful and serene asylum, one of the very few spaces available, somewhere in the vicinity of that of Religion and Philosophy, where human civilisation still finds a true shelter and a refuge .

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